Pour nous qui vivons en Occident, les changements climatiques apparaissent souvent quelque peu imperceptibles, lointains. Deux éléments peuvent néanmoins nous aider à saisir l’urgence de la justice climatique : d’une part, une conversion écologique qui nous amènerait à redécouvrir l’œuvre de Dieu en ce monde et le rôle que nous jouons à cet égard et, d’autre part, une passion pour la justice enracinée dans notre conception de Dieu. En effet, l’attention de Dieu n’est pas centrée sur les Églises et les individus, car Il est le Seigneur de toute création. Le monde, et tout ce qui s’y trouve, est issu de la relation d’amour qui unit le Père, le Fils et le Saint-Esprit.  Il s’agit là de l’expression de la créativité, de la beauté, de l’interdépendance de la Trinité. Les desseins de Dieu pour l’ensemble de la création sont, à l’image de tout ce qu’Il a créé, empreints de bonté.

Si nous sommes des créatures modelées à partir de la poussière prise du sol, nous avons toutefois pour mission de porter l’image et la ressemblance de Dieu vis-à-vis des autres êtres vivants. Nous sommes invité·e·s à œuvrer dans le monde de Dieu à Ses côtés, pour « servir » et « préserver » l’abondance de toute vie (Gn 2, 15).

 

Dieu œuvre à la renaissance de ce monde et nous invite à nous mettre en quête, ici sur Terre, de son Royaume de justice existant déjà aux cieux. Il est primordial que, face aux changements climatiques, nous partagions la passion de Dieu pour la justice. Ainsi que nous l’enseignent les psaumes, « la justice et le droit sont les bases de ton trône » (Ps 89, 15). Jésus lui-même a fait sienne la vision de la bonne nouvelle annoncée aux pauvres et de la libération des opprimé·e·s (Lc 4, 18–19). Il est profondément injuste que les premières victimes de la tourmente climatique soient les personnes qui y ont le moins contribué.

Serons-nous les destinataires de ces paroles de Matthieu 25: « car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité » ?. Comme nous le rappellent les prophètes, Dieu se soucie davantage de la justice que de la dévotion (Am 5, 21–24). L’objectif mondial de limitation des émissions visant à maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 1,5° C n’est pas un choix politique arbitraire. Il s’agit en effet d’une décision étayée par des données scientifiques et appuyée par les valeurs de l’Évangile que sont la compassion, l’équité et la justice en faveur des plus faibles. Nous qui aspirons à suivre les traces de Jésus-Christ, nous nous devons de réaliser une conversion écologique et de cheminer vers la justice climatique. La Communion mondiale d’Églises réformées nous rappelle que l’alliance de Dieu est « une alliance sans exclusive dans laquelle les pauvres et les marginaux sont des partenaires préférentiels » (Confession d’Accra, paragraphe 20). Aujourd’hui, Jésus nous appelle à lui prêter nos mains, nos jambes et nos voix afin de répondre diligemment à la clameur de la Terre et des plus démunis.

De Dave Bookless, théologien anglican, directeur théologique de l’organisation chrétienne de défense de l’environnement A Rocha au Royaume-Uni..

Linne Gasser, diacre présence et solidarité